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Et si les prochaines grandes familles de SEP naissaient des infrastructures de calcul ?

Et si les prochaines grandes familles de SEP naissaient des infrastructures de calcul ?

27 juillet 2026

Par Ludovic Noblet, fondateur de Cobelty

Les récentes annonces en provenance de Corée du Sud méritent une attention particulière.

Le partenariat stratégique entre SK Hynix et NVIDIA autour des futures mémoires HBM destinées aux AI Factories, les annonces de Samsung sur la HBM4, le packaging avancé et ses collaborations avec les grands acteurs de l’IA, ainsi que les investissements massifs engagés par la Corée du Sud pour renforcer son leadership dans les infrastructures de l’IA, témoignent d’une évolution plus profonde. La compétition ne porte pas uniquement sur les modèles, les données ou les GPU. Elle se déplace de plus en plus vers les infrastructures de calcul qui conditionneront le passage à l’échelle de l’IA. En effet, l’essor de l’intelligence artificielle, tant pour l’entraînement que pour l’inférence, fait des infrastructures de calcul un facteur déterminant de compétition et de performance.
Celles-ci dépendent notamment de la capacité à :
– stocker les données au plus près des accélérateurs,
– déplacer et partager des volumes massifs de données avec une latence minimale,
– garantir la fiabilité des échanges, notamment grâce aux mécanismes de correction d’erreurs,
– orchestrer efficacement les ressources de calcul, de mémoire et de communication au sein d’architectures toujours plus hétérogènes.

Ces défis placent au premier plan plusieurs familles de technologies complémentaires :
– Mémoire : DDR, HBM et mémoires empilées,
– Interconnexions : CXL, UCIe, UALink,
– Technologies de communication : Ethernet, InfiniBand, photonique (silicon photonics, co-packaged optics, ou encore free-space optical communications),
– Fiabilité : ECC, FEC, LDPC et autres mécanismes de correction d’erreurs,
– Intégration : packaging avancé, chiplets et intégration hétérogène,
– Orchestration : fonctions permettant de coordonner efficacement les ressources de calcul, de mémoire et de communication.

Cette dynamique dépasse le seul domaine de l’IA et concerne plus largement les architectures de calcul destinées à l’IA, au HPC et, demain, aux plateformes hybrides associant calcul classique et quantique. Ces dernières devront relever exactement les mêmes défis : bande passante mémoire, communications entre accélérateurs, efficacité énergétique, fiabilité des échanges et orchestration de ressources distribuées.

Il est tout aussi intéressant d’observer que ces technologies s’accompagnent d’une structuration rapide de leur écosystème de standardisation, portée à la fois par des consortiums industriels (JEDEC, OIF, UCIe Consortium, UALink Consortium, PCI-SIG, CXL Consortium) et par des organismes internationaux tels que l’IEEE, l’ISO/IEC JTC 1 ou encore l’ISO/IEC JTC 3, dont les travaux sur les technologies quantiques et les architectures hybrides HPC/quantique illustrent cette dynamique. Autrement dit, les infrastructures de calcul connaissent aujourd’hui une dynamique de standardisation comparable à celle qu’ont connue les télécommunications ou encore les codecs audio et vidéo au cours des décennies précédentes.

Cette évolution soulève naturellement des questions de propriété intellectuelle et, plus largement, de gouvernance technologique. Les brevets essentiels aux normes (SEP) en constituent une première illustration, mais ils coexistent désormais avec des écosystèmes open source qui jouent eux aussi un rôle majeur dans le développement, l’adoption et la diffusion des technologies. En effet, depuis plus de trente ans, les principaux écosystèmes de SEP se sont construits autour des standards de télécommunications et/ou de connectivité (2G à 6G, Wi-Fi) ou encore des standards de compression audio et vidéo (MPEG-2, AVC, HEVC, VVC). Dans le même temps, ces domaines ont vu émerger des implémentations et des plateformes open source de plus en plus structurantes, illustrant la complémentarité croissante entre standards, brevets essentiels aux normes et open source. Les futurs codecs intègrent d’ailleurs eux-mêmes des approches de plus en plus AI-assisted, voire demain AI-native, tandis que les travaux sur la 6G mettent de plus en plus l’accent sur une architecture AI-native et des réseaux plus ouverts.

Ces réflexions ont conduit Cobelty à réaliser une étude indépendante consacrée au marché des infrastructures de calcul pour l’IA et le HPC. Elle analyse l’évolution historique de ces écosystèmes, les grandes tendances technologiques, la concentration des acteurs, les dynamiques d’investissement ainsi que les principaux travaux de standardisation ou encore les transactions en matière de brevets. Cobelty sera ravi d’échanger avec celles et ceux que le sujet intéresse.

Il y a plusieurs mois, LexisNexis a sollicité Cobelty afin de présenter les principaux enseignements de son étude consacrée aux brevets essentiels aux normes (SEP) relatifs aux technologies DRAM, DDR et HBM, alors en cours de finalisation, et de recueillir le point de vue d’expert de Cobelty sur ces travaux. Cette étude met en évidence la place désormais stratégique des technologies mémoire en matière de standardisation et de valorisation de propriété intellectuelle, et suggère que les technologies DRAM pourraient constituer l’un des premiers segments technologiques où émerge un nouvel écosystème de licences associé aux infrastructures de l’IA.

À mesure que l’intelligence artificielle devient une composante structurante des infrastructures numériques, le centre de gravité de la compétition technologique devrait continuer à se déplacer vers les infrastructures de calcul. Les travaux récents consacrés aux technologies DDR et HBM et l’appel à brevets lancé par Via Licensing Alliance en vue de constituer un programme de licences dédié aux technologies DRAM constituent des indicateurs convergents de cette dynamique. Il apparaît désormais pertinent d’investiguer si ce mouvement est appelé à s’étendre à d’autres briques des infrastructures de calcul — interconnexions, photonique, correction d’erreurs, packaging avancé ou encore fonctions d’orchestration des ressources. Si tel était le cas, les infrastructures de calcul pourraient progressivement constituer un troisième grand écosystème de standardisation internationale, susceptible de faire émerger, à son tour, de nouveaux programmes de licences FRAND.

Au-delà de cette première réflexion, une autre question nous paraît tout aussi intéressante : les infrastructures de calcul se distinguent déjà par la coexistence de plusieurs modèles de gouvernance de l’innovation — standards et brevets essentiels aux normes (SEP), IP cores sous licence commerciale, standards ouverts (dont RISC-V constitue un exemple emblématique) et écosystèmes open source. Comprendre comment ces différents modèles s’articulent, se complètent et contribuent à la création de valeur constituera, selon nous, un autre enjeu majeur des années à venir. L’étude récemment publiée par LexisNexis constitue, à cet égard, un premier indicateur tangible de cette évolution. Si les technologies mémoire semblent aujourd’hui constituer la première manifestation concrète de cette évolution, il reste à déterminer dans quelle mesure celle-ci s’étendra à l’ensemble des infrastructures de calcul, ainsi qu’aux modèles économiques et de gouvernance qui les accompagnent.

Nous reviendrons sur ces questions dans un prochain article.

Ludovic Noblet

Fondateur de Cobelty